samedi 9 janvier 2016

Le Baby-Sitter de Jean-Philippe Blondel

Imaginez une sorte de grand dadais, d'allure nonchalante, dégageant  presque malgré lui un sentiment de bonhomie. Imaginez-le tout juste sorti de l'adolescence mais déjà en prise avec des réalités adultes, pécuniaires par exemple et de fait, dans l'obligation de trouver un moyen de compléter ses subsides, compatible avec son statut d'étudiant. Alex, notre personnage  principal propose alors ses services dans la garde d'enfants, pas vraiment convaincu qu'on fera appel à lui mais finalement sollicité par quelques couples car Mélanie, l'efficace boulangère du quartier, a joué les relations publiques.  Le voici désormais baby-sitter attitré auprès de quelques familles, devenant parfois un appui indéniable à leur équilibre.
Progressivement, parce qu'il est un type plutôt tranquille qui semble ne jamais s'imposer, n'appartenant ni à la catégorie looser ni à celle des champions, parce qu'il est le genre de personne avec qui on se sent d'emblée en confiance, un peu comme une pause de bien-être, Alex, avec ses tout juste 19 ans, attire à lui les confidences tout autant qu'il cristallise les fêlures de ces quadras qui l'ont embauché. Il soutient Mélanie que son mari a quittée, il devient l'ami de Max qui vit mal la séparation hebdomadaire, pour raison professionnelle, avec son épouse et qui cache un lourd passé. Avec sa naïveté, il ébranle la bulle d'indifférence que s'est forgée, Irina dont le père a disparu dans des circonstances troubles en URSS. Il sauve la vie d'Emile aussi et on imagine la reconnaissance infinie de ses parents.
Ces rencontres avec des adultes plus âgés que lui questionne son propre rapport à ses parents, à sa mère qui l'a eu très tôt et l'a élevé seule mais sans jamais le considérer comme un problème dans sa vie, à son père qui au contraire l'a plutôt mis de côté.
Le dernier chapitre, à plusieurs voix, est particulièrement réussi et l'événement qui va réunir tous les protagonistes de l'histoire est génial dans sa simplicité. Il serait dommage de le dévoiler.
L'écriture de Blondel est comme le personnage principal de ce roman, Alex. Elle a l'air modeste ou du moins ne cherche pas des effets spectaculaires tout en ayant cependant sa musicalité. On y adhère en confiance, on s'y sent bien. J'aime cette fluidité du propos qui laisse toute la place aux personnages, à leurs histoires respectives et j'aime que l'auteur nous les rende attachants.  J'aime cette délicatesse de l'écriture qui ne s'impose pas mais qui percole doucement pour livrer la profondeur de sens, l'air de rien.

2 commentaires:

  1. C'est tout à fait ça ! Tu parles très bien de l'écriture de Blondel, je trouve !
    Je suis ravie que tu l'aies appréciée, et tu m'as donné envie de lire ce titre-là.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je te retourne le compliment car ta critique de Mariages de saison m'a révélé des aspects que je n'avais pas encore perçus chez Blondel mais peut-être faut-il que je lise son dernier ouvrage... Il est dans ma PAL comme tu t'en doutes !

      Supprimer