La Paasilinnette que je suis (oui, je copie sans vergogne sur Galéa pour la fabrication des noms d'aficionados) a dû surmonter une petite déception. Ce roman-ci n'allait pas (ou peu) se passer en Finlande. Je
sais bien que Paasilinna n'est pas obligé de se cantonner à son territoire
natal mais voilà quand je le lis, je veux du Noooord. De la neige à perte de
vue, des forêts immenses, des étangs autour, des mets roboratifs et des séances
revigorantes au sauna. Oui, tous les clichés. J'ai honte (ceci dit j'aurais pu
mettre "les rennes"). Le top, c'est quand je le lis en plein été.
Là, le héros
s'est embarqué pour un pays plein de soleil et je me suis sentie un peu décalée.
Certes, il n'y va pas pour arborer par la suite un hâle flatteur. Sa mission
est un brin moins dilettante puisqu'il a décidé de sauver un prisonnier
politique injustement incarcéré depuis 6 ans et pour la libération duquel toutes les lettres, pétitions et demandes
diplomatiques sont restés vaines. Notre héros, éminent philologue en plus
d'être militant des Droits de l'Homme, a donc décidé que le temps de l'action
était venu. Et là, on a droit à du Paasilinna savoureux avec la préparation de
l'expédition. J'adore cette détermination presque naïve (ou volontairement)
alors que l'aventure tentée est en soi complètement délirante dans ses chances
de succès, notre héros étant un intellectuel pur jus, parlant plus de 15
langues et n'ayant rien du super héros sauf dans ses intentions. Dans
plusieurs romans de Paasilinna, on sent cette énergie irrépressible qui se joue
de toutes les difficultés, les anticipe même. Certes, ces entreprises humaines
sont parfois (souvent) un peu délirantes, on n'y croit pas à 100% bien sûr mais
la dynamique fait du bien. Bon, là, on peut dire que côté difficulté, notre
héros a visé haut puisqu'il s'agit rien de moins que d'extirper un détenu
politique d'une terrible dictature, le Macabraguay (un voisin du Honduras) où
règne en maître une junte cupide qui pourchasse, torture et arrête tout ce qui
peut ressembler à un opposant communiste. Il finit par y arriver, non sans
avoir payé de sa personne mais comme l'objectif visé est particulièrement
difficile, le roman peine un peu malgré les improbabilités habituelles (qui
font aussi le charme des romans de cet auteur).
D'ailleurs, dans la seconde
partie du roman, où notre héros cette fois s'emploie à libérer un interné de
force (pour motif politique) dans un pays communiste, la Vachardoslavie, les
choses vont meilleur train, notre philologue étant aidé dans son entreprise par
un pickpocket fort habile. Cette différence de rythme et donc de pages
déséquilibre un peu le roman alors que l'intention de départ est justement dans l'équité de traitement. Il s'agit bien de dénoncer les atteintes à la liberté d'expression dans chacun des blocs (le roman est écrit en 1986) avec un côté déjanté certes, mais tout de même.
Une lecture intéressante donc même sans la neige, les forêts, le sauna...