Lorsque Patrick Modiano a eu son Nobel,
j'ai dû reconnaître mon incurie. Je le connaissais de nom, je pouvais citer
sans doute un titre et même préciser que dans La femme au carnet
rouge d'Antoine Laurain, il est question de lui mais à part ça, rien.
Maigre constat, ignorance crasse. Bon, je ne suis peut être pas la seule. Mais
c'est un de mes principes de lectrice (je réfléchis sérieusement à rédiger un
billet sur ces fameux "principes"), j'accorde de l'importance aux
prix littéraires, surtout le Nobel de littérature car il consacre une œuvre entière
et non un livre en particulier. Mais voilà, quand je découvre un auteur et
qu'il rentre dans mes "favoris", j'ai tout de suite une petite
tendance à viser l'exhaustivité de sa production alors forcément, ça restreint
le champ des découvertes. Bon, là, j'essaie lamentablement de me trouver des
excuses pour ne pas avoir lu du Modiano AVANT son Nobel. Certes, ça m'est
arrivé plusieurs fois de lire le Goncourt de l'année avant qu'il ne l'ait mais
c'est quand même plus classe d'être une inconditionnelle du futur Nobel, par
exemple comme Galéa, une bloggeuse talentueuse. Pour que j'aie
l'air un peu intuitive, il faudrait donc que Auster, Paasilinna ou Somoza soient
consacrés. A suivre...
Me voilà donc embarquée dans un parcours
Modiano et force est de constater, après la lecture de La Petite Bijou qui suit celle de Dimanches d'août, que "j'aime lire du Modiano". Je sais bien que je n'atteins
pas un summum dans la pertinence de mon analyse en disant "j'aime lire du Modiano". Certes, mais premier constat tout de même. Qu'est-ce qui me plait
dans les histoires de Modiano (bon d'accord, je n'en ai lu que deux) ? Elles
sont d'apparence simple, pourraient se résumer facilement sur le plan de
l'intrigue et pourtant, elles contiennent beaucoup (et là, je pense aussitôt au partage des parts qu'avait fait Prométhée dans le fameux mythe mais doutant fort de la pertinence de mon propos, je préfère ne pas développer). D'apparence peu mais tout en fait : il faut s'être coltiné
l'inverse dans certains romans pour apprécier. Tout doucement, dans un style à la fois lent (que
d'aucuns qualifieraient d'ennuyeux) et fluide, Modiano aborde des questions
fondamentales mais sans appuyer, sans insister. Je crois qu'il fait confiance à
l'intelligence du lecteur pour s'en emparer. Merci Monsieur Modiano.
C'est toute cette enfance
délaissée qui revient de manière obsédante à la mémoire de Thérèse, devenue
adulte, d'autant plus que son travail de garde d'enfants, l'amène à côtoyer un
couple énigmatique, presque évanescent, les Valadier, bien "encombrés"
de leur petite fille. Une petite fille jamais nommée, comme une négation de son
importance, de son existence. Une situation qui entre en résonance avec le passé de Thérèse et en amplifie la souffrance.
Elle finit par errer dans les rues de Paris, cherchant ses repères d'enfance, évanouis, insaisissables mais la nostalgie l'étreint, la nostalgie au sens étymologique, comme l'explique si bien Kundera dans L'ignorance, cette souffrance de l'impossible retour.
Errances et nostalgie, symptômes de l'impossible quête des origines et de soi, l'enfance comme du sable qui empêche tout ancrage, quelle belle part vous nous livrez là, Monsieur Modiano.
Quel magnifique billet ma parole!! Nous parlons du même Modiano, je pense aussi qu'il parie sur l'intelligence et la faculté de déduction de son lecteur. Je pense que la petite Bijou parle de sa mère, je ne l'ai lu qu'en partie, parce que j'étais tombée sur l'édition folio à laquelle il manquait des pages (oui c'est possible).
RépondreSupprimerJe suis très très émue de votre billet.
Merci Galéa, je suis moi aussi très touchée par votre réponse, non seulement parce que je sais que Modiano est votre chouchou mais aussi parce que vous êtes la première à oser m'écrire sur ce blog...
RépondreSupprimerJe viens de me ruer sur sa biographie et en effet, le personnage de Suzanne a l'air d'avoir des points communs avec sa mère.
Par quel autre livre de l'auteur me conseillez-vous de poursuivre ma découverte ?