dimanche 16 septembre 2018

Mon cœur à l'étroit de Marie NDiaye

Rarement un livre m'aura laissé aussi perplexe. Sa lecture dont je ne saurais dire si elle m'a plu ou pas s'est étalée sur un temps élastique. D'abord lentement, péniblement tant il me mettait moi aussi le cœur à l'étroit, puis à l'abandon pendant de longs mois, attendant que je m'aguerrisse avec des lectures encore plus âpres ou que je sois capable de mettre la distance nécessaire entre lui et moi, je l'ai repris assez avidement, à mon grand étonnement. Mais ce qui n'en finit pas de me laisser perplexe, c'est que ce livre n'a jamais vraiment promis d'être agréable ou facile à lire. Il ne coule pas comme du miel. Sa lecture produit exactement l'effet recherché par son auteur dont le talent n'est plus à démontrer. Dès lors, il me semble que je ne peux pas reprocher à ce livre d'être loyal à son intention. Je trouve même assez courageux de la part de l'auteur de ne pas avoir cherché à écrire un livre plaisant. 
Une lecture, donc, qui perturbe, intrigue et met mal à l'aise. On a du mal à saisir le sens de cette histoire tout en symboles. Nadia et son mari Ange, respectables instituteurs vivant leur métier comme un sacerdoce sont en proie à l'opprobre de toute la ville. Pourquoi un tel acharnement qui tourne à l'agression sur la personne d'Ange ? Ce que perçoit Nadia est-il réalité ou délire paranoïaque ? Rapidement, le couple est confiné dans son appartement bordelais, visité et soigné exclusivement par un voisin qui leur impose sa présence envahissante, les engraissant de mets toujours plus riches. Cependant, dans la succession des faits anormaux qui se produisent, c'est bien Nadia, la narratrice qui est en cause. Elle comprend qu'elle doit partir mais un épais brouillard envahit la ville et modifie tous les repères... Ceux du lecteur le sont également. Vaillamment, il doit tenter d'interpréter les signaux placés ici et là comme des fanaux dans l'étrangeté d'un texte rédigé d'une plume habile, façonnée au ciseau. Une lecture exigeante, sans confort, sans douceur, mais qui sait donner du grain à moudre, un  matériau pour réfléchir et ressentir. 

lundi 13 août 2018

Scherbius (et moi) de Antoine Bello

Un bandeau fort bien choisi pour
ce nouvel opus d'Antoine Bello
Je me suis régalée. Oui, je sais bien que j'avais commencé ma chronique de Ada de la même manière mais j'ai retrouvé la plume et l'inventivité de cet auteur avec autant de délectation et peut-être même davantage !
Avec le dernier Bello, vous n'aurez pas un mais six romans. Six éditions de Scherbius (chacune a sa page de garde insérée), rédigées par son psychiatre, Maxime Le Verrier entre 1978 et 2004. Le tout agrémenté par de savoureuses notes de bas de page. Autant dire que le jeu des entrées narratives est complexe et s'avère délicieux pour le lecteur qui apprécie les constructions un peu subtiles (cela m'a rappelé La caverne des idées de Somoza). 
Alexandre Scherbius est le patient de Maxime Le Verrier. Lorsqu'il frappe à sa porte en 1977, ce dernier perçoit assez vite l'aubaine que va représenter ce cas dans sa jeune carrière. En effet, tout comme les cas d'hystérie avaient fait la renommée de Charcot, figure principale de l'Ecole de la Salpêtrière, Maxime pose assez vite un diagnostic de TPM (trouble de la personnalité multiple) et acquiert une notoriété quasi immédiate après la première édition de son livre, profitant de la publicité que des œuvres telles que The three faces of Eve, film sorti en 1957 ou Sybil, roman biographique publié en 1973, ont pu donner, outre-Atlantique, à cette pathologie, au point de l'intégrer  en 1980 dans le fameux DSM-III (Diagnostic and statistical manual of mental disorders).
Antoine Bello, par le biais de la plume de Maxime le Verrier (qui voue une admiration à "ses maîtres de la Salpêtrière") trouve le moyen de nous proposer une fort intéressante histoire des TPM, rappelant les oppositions entre Pierre Janet, partisan du recours à l'hypnose et Freud, la délaissant (et la discréditant quelque peu au passage) car il la trouve trop limitée dans ses possibilités thérapeutiques. Tout ceci est bien plus savamment détaillé et expliqué que je ne saurais le faire et si, comme moi, vous aimez apprendre au détour de votre lecture, vous irez sans doute consulter quelques pages Wikipédia ou d'autres sources pour en apprendre davantage.
Mais revenons à Scherbius. Il ne se laisse pas si facilement découvrir comme en témoignent les différentes éditions qui tentent de le cerner. Est-il un imposteur ? un menteur pathologique ? un escroc surdoué pour le camouflage et doué d'une mémoire prodigieuse ? Considère-t-il qu'il n'y a d'intérêt dans la vie que si l'on peut jouer tous les personnages ? Et si la littérature, experte en personnages, s'invitait dans l'affaire ?
Roman ingénieux, bien écrit et bien construit, donnant à divertir autant qu'à s'instruire et à réfléchir, une lecture que je recommande vivement. 

dimanche 12 août 2018

Règne animal de Jean-Baptiste Del Amo

Si l'histoire d'une exploitation agricole qui se déploie sur presque un siècle et 4 générations peut vous intéresser, alors commencez à repérer ce livre. Mais attention, n'imaginez pas avoir à faire à un pittoresque roman de terroir. 
Si le rapport des hommes aux bêtes vous interpelle quelque peu, même sans être militant, simplement pour voir comment on peut l'aborder en littérature, alors approchez de ce livre. Mais je préfère mettre en garde, ce rapport est montré sous les formes de violence les plus crues, longuement décrites, avec minutie, avec obstination par l'auteur. Sa plume donne à voir et à sentir : sang, déjections, castrations, rien ne sera occulté ou le moins du monde édulcoré.  Alors si vous n'avez pas peur d'avoir le cœur au bord des lèvres, continuez d'approcher. D'une économie rurale où les bêtes ont toujours fait partie du quotidien de la ferme, l'exploitation se mue en porcherie au productivisme le plus acharné, entraînant dans sa quête frénétique, la folie des hommes. A moins que la folie n'ait toujours été là, du temps de l'aïeule déjà ?
Si vous avez surmonté la nausée qui peut naître à la lecture de certains passages, vous avez cependant fait la rencontre avec des personnages singuliers dont la psychologie est décrite avec finesse. Vous avez mesuré la force de caractère d’Éléonore, jaugé son amour pour Marcel, "gueule cassée" par la guerre, vous avez frémi de l’opiniâtreté d'Henri, le fils, obsédé par ce verrat énorme, ce champion qui s'échappe dans une fuite qui devient métaphorique et vous avez compris la différence et la poésie de Jérôme, l'arrière petit-fils, le fils de l'oncle...
Vous avez aussi fait la connaissance avec l'un des styles les plus travaillés, les plus puissants qu'il m'ait été donné de lire en littérature contemporaine. L'incipit où les personnages sont tour à tour présentés par un jeu d'ombres projetées sur les murs d'une modeste cuisine de ferme de la fin du XIXème, est un petit bijou, tout comme la description du vieux banc où le père s’assoit tous les soirs pour fumer sa pipe et méditer sur sa journée. Car c'est cela la plume de Jean-Baptiste Del Amo : il a les mots et ce talent inouï pour tout faire ressentir, tout évoquer, le sordide, l'abject, la folie des hommes mais aussi leurs poésies secrètes, leurs sentiments indicibles et leurs forces profondes. 

lundi 23 juillet 2018

Bakhita de Véronique Olmi

Merci à ma "Topine" pour ce très beau cadeau...
La photo de couverture ne dit rien de son enfance dévastée et pourtant, elle le fut.
Capturée à 7 ans dans son village du Darfour, Bakhita va rejoindre les caravanes d'esclaves, silhouettes hébétées par les coups et les privations,  abandonnées dans le désert quand elles n'ont plus la force de se traîner. Mais la fillette tient bon, puise la force de survivre dans son amitié pour une petite captive comme elle et parvient jusqu'à El Obeid, où elles sont vendues pour servir de domestiques-esclaves aux deux filles du maître. 
Souvent choisie pour sa beauté, Bakhita qui signifie "la chanceuse" a t-elle un sort plus enviable que les autres esclaves non affectés au service de la maison ? Difficile à croire tant les humiliations, les coups peuvent pleuvoir également, la laissant des semaines durant incapable de se lever. Elle change de maître, va d'une cruauté à l'autre jusqu'à sa rencontre avec le consul italien de Khartoum. 
C'est en Italie que celle qui a oublié jusqu'à son véritable prénom choisira pour la première fois de dire "non", non à la soumission, à l'arbitraire. Un autre destin l'attend qui fera d'elle, à 24 ans, en 1893, une religieuse Canossienne, "sœur Guiseppina Bakhita", plus souvent appelée par les gens du peuple, la "Madre Moretta", canonisée par Jean-Paul II en 2000.
Un parcours qui a très tôt fasciné puisque, dès 1910, on lui demande de raconter encore et encore son "histoire merveilleuse" et en 1931, paraît la storia meravigliosa. C'est ce témoignage, ce matériau que Véronique Olmi (dont je découvre avec intérêt la plume) a travaillé, en plus de différentes recherches, pour aboutir à ce roman magnifique qui ne cache rien de la dureté de l'esclavage (les premières pages sont tellement insoutenables que j'ai failli renoncer). En lisant Bakhita, je ne me suis pas préoccupée de connaître la part d'authenticité dans l'histoire que nous propose l'auteur. Bien sûr, comme beaucoup de lecteurs je pense, j'ai cherché des photographies de Bakhita et je l'ai découverte avec sa coiffe si singulière de Canossienne. Mais la part de fiction, de romanesque ne m'a posé aucune difficulté car je l'ai trouvé parfaitement intégrée. En revanche et c'est pour cette raison que je lis assez peu de biographies, je me suis demandée si j'allais réussir à trouver ma place entre l'auteur et son personnage. En effet, le lien peut être si fort que l'on se sent en quelque sorte exclu mais il n'en est rien ici. Véronique Olmi arrive à retenir sa plume juste ce qu'il faut pour donner une respiration au lecteur. Son écriture est en harmonie avec le personnage car elle sait lui donner une forme de modestie, de pudeur et de respect sans pour autant que soient atténuées la détermination et la foi profonde de Bakhita. Son destin hors du commun n'avait pas besoin d'un excès de lyrisme et de pathos et c'est avec une très belle maîtrise de ton que Véronique Olmi nous propose de la découvrir. 

vendredi 20 juillet 2018

L'Archipel du Chien de Philippe Claudel

Moi qui apprécie en général les couvertures sobres, je trouve
que celle-ci est des plus réussies. On la doit à Lucille Clerc.
C'est une petite société bien symbolique qui est réunie ce jour là sur une plage de l'île de l'Archipel du chien. Le Maire, le docteur, le curé, deux ouvriers, la Vieille et l'instituteur encerclent trois corps échoués, trois jeunes hommes africains rejetés par la mer. Aucun papier pour leur donner une identité, une existence, alors, dans un pragmatisme froid, le Maire décide de ne rien dire, de les confier au gouffre du volcan. Il impose le silence à tous, arguant que les investisseurs pourraient renoncer au projet des thermes si important pour le devenir de l'île si l’affaire venait à se savoir et de toute façon, "ce-n'est-pas-comme-si-on-était-responsable-de-ce-qui-s'est-passé-n'est-ce-pas" ?
Mais peut-on en toute impunité se détourner à ce point de la misère humaine, celle qui pousse les hommes et femmes à fuir et à s'en remettre à l'arbitraire de passeurs avides ? 
Avec une écriture fluide rehaussée d'un vocabulaire toujours pertinent, Philippe Claudel propose de s'interroger à l'aune d'une micro-société sur de nombreux ressorts humains, individuels ou collectifs, entre lâcheté, résignation, manipulation, violence mais aussi, pour ne pas céder à toute cette noirceur, de ménager une petite voix ténue, discordante qui propose de rétablir vérité et dignité.

jeudi 19 juillet 2018

My absolute darling de Gabriel Tallent

Un titre un peu bling-bling à mon goût, une couverture colorée et un bandeau avec superlatif avaient d'abord agi sur moi comme un repoussoir malgré la discrète incitation de ma libraire. Cependant, un peu plus tard, alors que je flânais entre les rayons sans but précis, j'ai saisi les bribes d'une conversation entre mon libraire (un autre_même si libraire est un mot épicène, vous aurez saisi la différence du possessif) et une lectrice complètement conquise par ce livre. Leur propos était tellement dithyrambique que j'ai donc fait fi de mes préjugés sur la combinaison titre et couverture et j'ai embarqué ce premier roman de Gabriel Tallent, non sans avoir glané quelques précisions supplémentaires ("il a mis 8 ans pour l'écrire").
D'emblée, j'aurais aimé adhérer à la critique enthousiaste que j'avais entendue mais je dois dire que, dans un premier temps, la pauvreté du style dans les passages dialogués m'a gênée. Alors que j'étais en cours de lecture de ce roman, un autre passage à la librairie a donné à peu près ce genre de conversation :
- Moi : Comment dire ? Franchement, les "p..ain" et "co...asse", toutes les 2 lignes, c'est un peu lourd à force, je trouve. Il me semble qu'on avait déjà bien compris le côté grossier du père, même si bien entendu, il a une personnalité complexe... Par contre, quand l'auteur évoque la nature sauvage de ce coin de Californie que ce soit dans la partie forestière ou océanique, quelle richesse de style ! C'est à la fois précis, documenté et poétique.
- Mon libraire : mais ce contraste est voulu. C'est pour mieux qu'on saisisse la différence entre son environnement familial où elle est confinée avec ce père menaçant qui est pourtant sa seule référence et l'extérieur immense, ouvert sur tous les possibles.
- Moi (légèrement vexée en mon for intérieur de ne pas avoir déduit ça toute seule) : certes, mais ne trouvez-vous pas que ce livre ne peut être que "fort" étant donné la situation de la principale protagoniste, une adolescente abusée, maltraitée, sous l'emprise d'un père érudit, manipulateur et violent ?
- Mon libraire : oui, mais l'auteur réussit à en parler sans pathos. Et puis, il montre à quel point il est compliqué pour Julia de s'affranchir.
- Moi : oui, je suis d'accord, le dilemme est très bien rendu. On sent qu'elle chemine pourtant vers sa libération mais le père lui fait vivre un tel ascenseur émotionnel...
- Mon libraire : oui et tant qu'elle n'a pas d'autres références, et en ce sens, la rencontre avec les garçons est décisive, elle ne peut y arriver.
Après cette conversation, j'ai poursuivi ma lecture. La suite du roman avec moins de passages dialogués m'a moins gênée aux entournures côté style (même si j'avais bien intégré le côté voulu...). J'ai lu certaines phrases le cœur au bord des lèvres, pressée d'en finir avec les passages les plus pénibles mais avec une volonté de plus en plus irrépressible que l'héroïne s'en sorte, retrouve le droit de s'appeler Julia et non plus "Turtle" ou ce stupide "Croquette", surnom dont son père use et abuse... Finalement, ce qui m'a le plus étonnée en lisant ce livre, c'est l'incroyable transfert d’énergie qu'il opère. On se sent devenir forte et puissante en même temps qu'elle.
Et je m'aperçois que je ne suis pas loin d'utiliser le superlatif du bandeau que j'avais pourtant épinglé au début de ce billet...

mercredi 11 juillet 2018

Quand j'essaie de parler de mes lectures après plusieurs semaines...voire plusieurs mois /2

Et quand je suis encore plus en difficulté pour le faire car il s'agit de textes essentiellement poétiques...
Je me serais bien contentée d'une chronique en images...
Après tout, dans cette gamme de rose et gris, elles sont si joliment assorties.
Mais ces lectures méritent un petit effort...

Un monde en fragments de Pierre Barré est publié par une toute jeune maison d'édition basée à Metz, L'Atteinte. C'est un livre soigné, avec une indéniable recherche de mise en forme : une police d'écriture a été créée spécialement pour l'ouvrage. J'ai trouvé une vraie cohérence entre le texte et la ligne que s'est fixée la maison : "Notre intention est d'exposer une littérature à clef qui respecte l'intelligence du lecteur sans trop le flatter". En effet, c'est un livre qui demande un petit effort mais les indices sont quand même suffisants pour que l'on s'y retrouve, la juste dose d'explicite pour donner du sens à l'ensemble. 


Récemment, ma librairie a choisi de mettre à l'honneur la maison d'édition Le Tripode et d'organiser une rencontre (je n'ai pas pu y aller ce qui est bien dommage). Autant dire que nous disposions d'un large choix et j'ai opté pour deux ouvrages très poétiques.

Minuit en mon silence de Pierre Cendors est conçu sous la forme d'une longue lettre d'amour rédigée par un officier allemand en septembre 1914 à l'attention d'une jeune femme rencontrée à Paris avant la guerre. On saura peu de choses de cette rencontre car on comprend très vite que cela serait hors de propos dans ce livre à la tonalité à la fois lyrique et sombre. 
Un mot sur le nom de l'auteur, comme moi, vous avez peut-être noté la proximité sonore avec Cendrars et ceci d'autant plus que l'auteur suisse a été engagé volontaire pendant la Grande guerre, le payant d'ailleurs d'un lourd prix sur le plan physique. Si vous avez envie d'en apprendre davantage sur cette ressemblance des deux pseudonymes, quelques recherches sur Internet vous éclaireront mais l'auteur (je parle de Cendors) reste malgré tout entouré d'un halo de mystère et ses livres sont parfois décrits comme "indéfinissables" (ça ne m'étonne donc pas que je rame pour écrire ce billet).
La tonalité de ce livre est éminemment poétique, tendue vers cet amour idéalisé que le lieutenant Heller éprouve pour la belle Else, une inconnue ou presque. Leur conversation n'a duré que quelques heures. A un moment, cependant, la jeune femme s'est troublée, trahissant une émotion un peu plus forte. Heller emporte ce trouble avec lui comme un joyau et n'en demande pas davantage. Il n'espère rien d'autre, cette absence sublimée lui suffit. Ce chant d'amour est servi par une écriture magnifique et l'on comprend la référence à Rilke en quatrième de couverture.
Mais le livre comporte aussi une profonde intériorité. Heller ne pense pas que la guerre l'épargnera. Il se livre donc à une sorte d'introspection philosophique ou métaphysique tout en rendant hommage aux poètes. Les références au mythe orphique imprègnent l'ensemble du texte. Le personnage de l'Ordonnance du lieutenant, est particulièrement sublime, à la fois grave, pur, insaisissable et pourtant... Bien entendu, il le surnomme Orphée. D'autres références littéraires émaillent ce petit bijou poétique à l'érudition douce. Je vous invite fortement à les découvrir. 


Cette année quelque peu trépidante m'a donné envie de me tourner vers ce petit livre, Les pas d'Odette qui, avec sa couleur rose tendre, s'annonçait tout en douceur et en rondeur. Il est également publié par la maison Le Tripode.

Si je savais écrire, c'est ainsi, avec cette justesse de mots et cette infinie tendresse que j'aimerais parler de ma grand-mère. C'est en fait pour sa mère, Odette, devenue une dame très âgée, "mémé et arrière-mémé" que Patrick Da Silva a écrit ce magnifique texte. Pour retracer son parcours, l'auteur utilise, de manière très poétique, le procédé de la concaténation. Un mot en pousse un autre, un pas entraîne un pas, tant de pas depuis l'enfance, des pas d'écolière, puis rapidement des pas de labeur, des pas d’épouse, de mère et de grand-mère et désormais des pas menus. Tant de pas qu'il est impossible de les compter. L'écriture de l'auteur nous emporte dans une sorte de ritournelle nostalgique où chacun pourra repenser avec douceur aux souvenirs d'une mamie, mémé ou mémère (la manière de l'appeler ne se discute pas) et j'y ai bien sûr reconnu, avec beaucoup d'émotion, un peu de la mienne.