| Merci à ma nièce pour ce marque-pages original qui s'accorde si bien à ce livre.. |
mardi 29 août 2017
Dans les veines ce fleuve d'argent de Dario Franceschini
mercredi 16 août 2017
La nuit des temps de René Barjavel
| Merci beaucoup à O. qui a relevé le défi de me faire aimer la science-fiction... |
J'aurais pu donc ne jamais lire ce livre merveilleux et je n'aurais pas découvert son inventivité, son imaginaire pas plus que son chant d'amour. J'ai été épatée par l'ingéniosité développée par l'auteur pour rendre cette expédition polaire crédible. Cela peut paraître inadapté d'employer le terme "crédible" mais je trouve que toutes les contraintes et leurs résolutions sont abordées avec intelligence, par exemple, la question de la traduction des langues, entre les scientifiques d'abord puis surtout pour comprendre le langage d'Elea. Et que dire de la description de la civilisation disparue ? J'ai lu que ce livre était à l'origine un scénario de film (qui n'a pas trouvé preneur !) et il me semble que cela se ressent à la lecture, à moins que ce côté visuel ne soit propre au genre de la science-fiction. La description de Gondawa donne la part belle à l'imaginaire bien entendu mais l'auteur n'oublie pas de glisser des messages. En effet, ce monde merveilleux qui a l'air parfait au départ puisqu'on peut créer tout à partir de rien, se fissure progressivement, laissant apparaître des gens que l'on désigne, des révoltes que l'on brime, des exclus qui se cachent...
Mais ce que je retiendrai surtout, c'est l'émotion que m'ont procurée les premières pages, ce chant d'amour pour une beauté endormie de 900000 ans, des mots qui m'ont presque intimidée tant je les ai trouvé beaux et je me réjouis de faire désormais partie de la communauté de ceux qui peuvent convoquer dans leur univers mental la magnifique histoire d'Elea et Païkan.
dimanche 30 juillet 2017
La tresse de Laetitia Colombani
J'ai donc lu les histoires entrecroisées de Smirta, Giulia et Sarah.
Trois femmes sur trois continents,
Trois femmes d'âges différents, dans des situations diverses,
Qui n'ont a priori rien en commun.
Mais que ce soit :
En Inde,
En Sicile,
Au Canada,
Chacune se bat.
Pour une vie meilleure,
Pour sauver l'entreprise familiale,
Pour guérir.
Trois histoires émouvantes,
Présentées de manière efficace,
Un peu trop, selon moi.
Des portraits dessinés à grands traits, qui m'ont donné l'impression de ranger les personnages dans une catégorie bien définie avec des caractéristiques précises.
Une contrainte sans doute imposée par le format relativement court du livre.
Parmi ces trois portraits, c'est l'histoire de Giulia que j'ai trouvé la plus réussie sur le plan littéraire. Pourtant ce n'est pas la plus extrême. Elle peut paraître moins émouvante que celle de Smirta qui lutte contre d'épouvantables conditions de vie pour sa fille et elle en tant qu'Intouchables ou celle de Sarah qui lutte contre la maladie et la discrimination que celle-ci engendre. L'histoire de Giulia est en quelque sorte intermédiaire, élément de liaison de toutes les autres. Elle rappelle ce thème de la chevelure et permet de découvrir la tradition de la cascatura en Sicile.
Un autre élément de liaison que j'ai apprécié parce qu'il permet de nuancer l'approche directe et efficace des portraits (on peut aimer bien entendu mais je préfère pour ma part quand c'est un peu moins net), c'est le poème qui est intercalé à divers endroits du livre.
Un poème qui apporte une sorte de latitude au lecteur, libre de ses interprétations et qui permet de desserrer la tresse.
Un livre très présent sur la blogosphère. Pour lire le billet (qui dénote avec l'enthousiasme général) de Delphine-Olympe, c'est par ici. Je dois dire que je partage en grande partie ses réserves...
jeudi 27 juillet 2017
Née contente à Oraibi de Bérengère Cournut
Vous l'aurez compris, avec Née contente à Oraibi, Bérangère Cournut nous propose de découvrir la culture et les croyances des Hopis. Elle le fait avec une écriture douce et respectueuse. Ce très beau texte dont on devine tout le travail de documentation sans que cela ne soit pesant n'oublie pas de ménager une histoire intime. Au sein du clan, avec ses rites et ses croyances, c'est bien l'histoire de Tayatitaawa que nous suivons. Une alternance réussie entre des thèmes universels et un itinéraire personnel, entre la communauté et l'individu qui fait de cet ouvrage, un texte talentueux.
| Un très beau "cahier de photographies" prises vers 1900 complète l'ouvrage. |
lundi 24 juillet 2017
Le tour du monde du roi Zibeline de Jean-Christophe Rufin
En plus du palpitant récit d'aventures, j'ai beaucoup aimé la symbiose entre l'écriture et le propos. En effet, l'auteur qui fait parler tour à tour ses personnages, Auguste et Aphanasie, tous deux imprégnés des idées des philosophes a réussi à restituer le phrasé et l'esprit d'une époque. Mieux encore, il parvient à nous proposer une variante masculine et une variante féminine. Mention spéciale d'ailleurs pour cette dernière, dont l'écriture tout en finesse psychologique permet l'expression d'une vision somme toute moderne de l'amour et du couple. Aphanasie entend être la compagne, l'aimée, qui prend part aux décisions mais jamais n'aliène la liberté de l'autre. Le rôle rassurant et conventionnel de l'épouse ne l'intéresse guère s'il doit s'exercer au détriment de l'équilibre de cette relation. Je ne sais si les femmes du XVIIIème siècle pouvaient réellement se permettre ce genre de libertés mais il est cependant intéressant d'imaginer leurs espoirs et ambitions. A chacun ses conquêtes...
samedi 22 juillet 2017
J'enquête de Joël Egloff
Pourtant, en apprenti détective, il s'applique, prend des notes dans son carnet, les relit le soir, pose discrètement ses questions tout en s’obstinant sur une petite bouloche de laine, son unique indice. Il s'applique jusqu'à l'absurde car c'est bien vers ce ressort littéraire et non vers une véritable enquête policière que nous conduit l'auteur.
Son personnage, dont on ne saura jamais le nom, attendrit tout autant qu'il agace. On le sent juste terriblement humain. Il a peur de contrarier, de faire de la peine, de gêner (ça peut parler ce genre de situations...), il est rattrapé par ses préoccupations domestiques et conjugales (même chose..), il se rassure par quelques petites réussites, feignant d'oublier la liste de ses déconvenues.
Du compromis entre une part réaliste, j'ai presque envie de dire hyper-réaliste qui se satisfait de projets modestes (se trouver un restaurant, une paire de chaussures adaptée à la neige) et une part fictionnée voire fantasmée (privé, enquête, détective...), Joël Egloff fait naître un absurde tout juste décalé et c'est justement ce léger décalage que j'ai apprécié car il n'est pas si facile que cela à obtenir. Il en découle une forme de familiarité dont on peut cependant se distancier pour mieux en sourire.
dimanche 9 avril 2017
Un été à quatre mains de Gaëlle Josse
87 pages de délicatesse et de tendresse sans mièvrerie aucune. J'aime quand la plume d'un auteur entoure de son affection un personnage. Dans un "Avant-lire", Gaëlle Josse nous confie à quel point la musique de Schubert l'accompagne et la touche depuis longtemps. "Schubert parle au cœur, en accompagnant les plus ténus, les plus impalpables de nos états émotionnels intérieurs, sa musique nous atteint avec une désarmante simplicité, comme la main d'un ami posée sur notre épaule". C'est donc en amie qu'elle lui rend hommage dans ce court roman qui, prévient-elle, n'est pas oeuvre de biographe, ni de musicologue.
Elle ancre cependant son récit dans des éléments biographiques avérés, celui du deuxième séjour que fit Schubert au cours de l'été 1824, dans la propriété hongroise de la riche famille Esterhazy, à Zseliz. Engagé comme six ans auparavant en tant que maître de musique pour les deux jeunes filles de la maison, le compositeur n'est pas spécialement à son aise dans ce milieu fortuné où il lui faut soigner son apparence et ses manières. Mais lui qui est constamment sans le sou a été pressé par ses amis de Vienne d'accepter ce poste, bien rémunéré et reposant pour sa santé précaire. Il s'est laissé convaincre, persuadé que cet emploi de répétiteur, même associé à l'obligation de créer quelques compositions plaisantes pour les jeunes comtesses lui laissera le loisir d'être inspiré pour des œuvres de plus grande envergure. C'est avec une grande tendresse que Gaëlle Josse nous dépeint ce compositeur au génie précoce, mal payé de retour dans cette Vienne mélomane où la concurrence est rude. A 27 ans, il a acquis une certaine notoriété mais ne parvient pas à accéder à la gloire. Malgré le soutien du plus célèbre baryton de l'époque, il est trop timide et ne sait ni flatter ni séduire dans les salons. Courtaud et maladroit, pas franchement beau, il n'aime rien tant que composer librement dans une petite chambre pour jouer ensuite ses compositions devant ses amis réunis dans l'ambiance chaleureuse d'un café viennois. C'est un homme déjà fort mélancolique, marqué par les années austères de l'internat, par des échecs sentimentaux qui découvre en la personne de sa jeune élève, Caroline Esterhazy, moins brillante que sa sœur aînée, non pas une fiancée éventuelle_leurs conditions sociales sont trop différentes_ mais une semblable de cœur et de tempérament. Composer des œuvres à quatre mains et susciter ainsi le trouble de quelques frôlements, voici tout ce que le jeune compositeur peut s'autoriser, mais peut-être est-ce déjà trop demandé...
L'écriture sensible et visuelle de Gaëlle Josse permet à l'imagination de se projeter en compagnie de Caroline et Franz dans le salon cossu du château de Zseliz. On se sent un peu comme un ami qui les observerait, attendri par cette romance et cette complicité musicale. On ne sait si l’inclination du compositeur pour la jeune comtesse a été réciproque. Gaëlle Josse dont l'écriture est tout en délicatesse ne nous imposera rien mais nous laissera le choix de l'interprétation...
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